A la santé des fâcheux !
Gabriel Alvarez ou l’art de ne déboucher que de grands crus. Comme ici, avec la jubilatoire «Grande beuverie» du très spirituel René Daumal. La langue s’y livre à d’étranges contorsions tandis que l’auteur débusque les charlatans de tous bords.
Pour qui titube, il n’est pas de mauvaise compagnie. Voici donc un cénacle d’amis qu’anime une même soif, de boissons comme de sens. De dialogues laborieux en péroraisons sans queue ni tête, ils sont semblables à des atomes soumis à de furieuses forces contraires. Au grand bal de la confusion, chacun à son mot à dire, sa sentence définitive, sa petite idée sur la meilleure manière de faire tourner le monde. Un·e narrateur·trice nous invite à suivre la fine équipe tandis que cette dernière tente de s’extraire de l’emprise de l’alcool. Mais il y a un hic, c’est le cas de le dire: d’autres gouffres existentiels les attendent où règnent impunément artistes, scientifiques et politiciens. Une relecture des cercles de l’Enfer de Dante, déclinés sur le mode éthylique et franchis au rythme d’une langue qui, comme la gueule qui suit les beuveries mémorables, est du meilleur bois.
Satire impitoyable tout autant que fable mystique, «La Grande Beuverie» annonce notre monde actuel, cocktail ravageur d’ivresse technologique, de frivolité ostentatoire et de renoncement aux valeurs. On lève son verre à la bêtise humaine
La Grande Beuverie
Du Mar. 17 Novembre au Dim. 29 NovembreInformations
Extrait sonore